Sociologie des acteurs de la gentrification des quartiers anciens centraux d’hier et d’aujourd’hui
 
 
 
 
Résumé

Le travail présenté est celui d’une thèse en cours sur les acteurs de la gentrification de quartiers lyonnais et parisiens des années 1970 et d’aujourd’hui. Il ne porte pas tant sur les quartiers « gentrifiés » et les transformations qui les affectent, que sur les rapports à l’espace résidentiel de certains acteurs du changement urbain : en quoi investir et s’investir (c’est-à-dire pas seulement économiquement) dans certains espaces peut participer à la construction d’une identité sociale individuelle et/ou collective, et avoir des effets dans les trajectoires sociales. Pour cela, les travaux menés exploitent la profondeur historique dont on dispose aujourd’hui sur la gentrification selon deux axes. On présente d’abord les premiers résultats de la comparaison intertemporelle1 qui porte sur les trois points suivants : qui sont les acteurs de l’embourgeoisement de certains quartiers à certaines époques ; pourquoi le sont-ils (quelles sont leurs logiques sociales) ; enfin, comment ce changement se déroule-t-il (en insistant sur les compétences spécifiques que les acteurs de la gentrification mettent en œuvre dans ce processus). D’autre part, on présente la démarche longitudinale de suivi des trajectoires (résidentielles, mais aussi professionnelles, familiales, etc) d’anciens gentrifieurs, et son intérêt pour la connaissance des interactions entre la dimension spatiale et les autres dimensions des trajectoires sociales.


Introduction

Le travail présenté ici est celui d’une thèse en cours ; il concerne un objet particulier, la gentrification, c’est-à-dire l’embourgeoisement des quartiers anciens centraux de grandes villes ; en même temps, il y a l’ambition, à travers cet objet particulier, de traiter de questions sociologiques transversales.

Dans un premier temps, on définit précisément l’objet de la recherche et ses enjeux. On présente ensuite les premiers résultats d’une comparaison intertemporelle qui porte sur les trois questions suivantes à deux époques, les années 1970-80 d’une part, la période actuelle d’autre part : qui sont les acteurs la gentrification aux deux époques ; pourquoi le sont-ils ; et enfin comment cela prend-il forme. On enfin ébauche la réflexion sur le suivi longitudinal de trajectoires d’anciens gentrifieurs.

Ces réflexions et résultats concernent surtout la période des années 1970-80, dans la mesure où l’enquête sur les terrains actuels ne fait que commencer.

Une sociologie des acteurs de la gentrification, dans une perspective historique

L’objet sur lequel porte le travail de recherche actuellement en cours est un phénomène de renouvellement urbain qui concerne les quartiers anciens des grandes villes. Ces quartiers anciens ont connu, ou connaissent encore, pour certains d’entre eux, une période pendant laquelle, habités par des catégories populaires vieillissantes aux logements pauvres, ils sont abandonnés par les pouvoirs publics. A partir des années 1970, et successivement depuis lors, ces quartiers ont été réinvestis par une population plus jeune, plus diplômée, et disposant de davantage de moyens matériels que la population progressivement remplacée.

C’est ce phénomène qui est désigné par le terme « gentrification » forgé en 1963 par Ruth Glass, et que C. Bidou-Zachariasen définit en insistant sur ses deux aspects concomitants : il y a « à la fois une transformation de la composition sociale des résidents de certains quartiers centraux, à travers le remplacement de couches populaires par des couches moyennes salariées, et un processus de nature distincte, celui de la réhabilitation, de l’appropriation et de l’investissement par ces couches sociales d’un stock de logements et de quartiers ouvriers ou populaires » [1].

L’idée majeure qui guide le travail de recherche ici présenté est de travailler sur ce type de phénomène en évitant la perspective monographique. On suit pour cela deux lignes directrices. D’une part, il s’agit de faire porter la connaissance et l’analyse davantage sur les groupes, les ménages, les individus acteurs de ces transformations sociales et spatiales, que sur les espaces où elles se déroulent. C’est aussi pourquoi on ne travaille pas sur l’ensemble de ces acteurs - on exclut notamment du noyau de la recherche les agents immobiliers, promoteurs, services municipaux d’urbanisme. D’autre part, l’idée est d’exploiter la perspective historique dont on dispose maintenant puisque ce phénomène urbain existe depuis quelques décennies et qu’il a déjà été décrit et étudié en France et dans d’autres pays. Cette perspective historique comprend concrètement deux axes de recherche : d’une part, la comparaison historique des acteurs et des processus de l’embourgeoisement de quartiers anciens centraux entre leurs premières formes dans les années 1970-80 et la période actuelle ; d’autre part le suivi de trajectoires d’anciens « gentrifieurs ». Ces deux axes correspondent aux deux dimensions des rapports entre espace et socialisation : des populations sont engagées dans des processus de changement urbain... qui sont en retour constitutifs du devenir de ces populations.

Centrer la recherche sur les ménages acteurs de l’embourgeoisement et mettre en relation leurs rapports à l’espace résidentiel avec les autres dimensions de leur vie sociale, professionnelle, familiale etc., permet d’aborder d’autres questions relatives non pas aux processus de changement urbain, mais plutôt aux groupes sociaux et à leur inscription dans l’espace (par exemple, les enjeux liés au positionnement dans la ville, le rapport entretenu par certains groupes sociaux particuliers avec des espaces spécifiques, l’étude des classes moyennes, de leurs modes de vie et systèmes de valeurs...), questions qui sont traitées ailleurs à propos d’autres espaces et/ou d’autres populations. Cela nous différencie en revanche des autres travaux courants sur la gentrification : monographies, études socio-économiques centrées sur le marché immobilier, ou approches distributionnelles de la répartition des groupes sociaux dans l’espace.

De nombreux travaux sociologiques et géographiques s’intéressent en effet à ce processus sous la forme d’études monographiques sur des quartiers particuliers [2]. Ces travaux visent souvent à décrire avec finesse et exhaustivité les différents aspects d’un embourgeoisement en cours : son contexte urbain et historique, ses acteurs, les modalités de son déroulement, ses conséquences pour le quartier (le marché immobilier local, la trame commerciale, l’aspect physique du bâti, etc.) et pour la population dans son ensemble (éventuels conflits de voisinage, etc.)... Mises côte à côte, ces monographies donnent à voir des processus toujours particuliers, dont les points communs permettent de dresser un modèle général de remplacement d’une catégorie d’habitants par une autre : le stage model, qui décrit la gentrification comme un processus articulé en différentes étapes, chaque étape signalant la propagation du phénomène à des espaces plus larges et à des populations plus nombreuses et moins spécifiques. Ce faisant, il est à même d’intégrer des situations de plus en plus diverses, notamment en ce qui concerne les populations engagées. Il apparaît alors utile de souligner ces différences entre les acteurs et de les expliquer, plutôt que de chercher à les intégrer à un modèle global. Pour cela, l’étude doit avoir pour objet central les populations en jeu plutôt que l’espace où elles agissent. Plus fondamentalement, l’idée est d’étudier la gentrification pas seulement pour elle-même, mais surtout pour en tirer des connaissances sur le rapport des individus et des groupes à l’espace dans lequel ils s’inscrivent.

Une autre approche dont nous nous démarquons est la théorie géo-économique du rent gap développée par Neil Smith [3], selon laquelle c’est la perspective d’une plus-value économique (acquisition à bas prix, rénovation du bâti et « amélioration » du quartier, revente avec profit) qui amène les couches moyennes à investir dans les quartiers anciens délaissés et qui fait advenir le processus complet de gentrification. Il arrive que les gentrifieurs décident de rester dans les lieux une fois le bâti et le quartier réhabilités ; dans ce cas, le bénéfice financier est seulement potentiel ; mais on peut supposer qu’il existe d’autres bénéfices matériels, sociaux et symboliques. Cette théorie ignore donc des enjeux et des investissements autres qu’économiques de la part des acteurs de la gentrification ; de plus, on ne peut tenir les individus pour parfaitement calculateurs et rationnels même si on les considère comme stratégiques. Ce sont deux points sur lesquels la perspective proposée peut apporter des connaissances utiles.

Enfin, les processus d’embourgeoisement sont également souvent étudiés, en France, à l’aide des résultats des recensements : répartition spatiale des différentes catégories sociales dans l’espace, cartographies, indices de co-présence et indicateurs d’évolution du peuplement des quartiers...On pense par exemple au récent ouvrage d’E. Maurin sur la ségrégation résidentielle [4] fondé sur des données de l’INSEE : l’auteur ausculte la répartition des groupes sociaux sur le territoire en calculant des indices d’écartement à la situation parfaite de mixité sociale (sous- ou sur-représentation de catégories sociales particulières) dans un certain nombre de voisinages. Ce travail nécessaire demeure néanmoins plus descriptif qu’explicatif ou compréhensif. L’auteur propose certes des interprétations de la situation qu’il décrit, mais sans chercher à saisir pourquoi « le territoire devient un enjeu de plus en plus central », pourquoi il y a des « stratégies d’esquive » dans le champ résidentiel, comment cet évitement prend forme dans les espaces de pratiques... E. Maurin reconnaît d’ailleurs que « comprendre [leur] ressort profond suppose [...] de descendre dans l’intimité des résidents, de leurs peurs et de leurs aspirations » ; il reconnaît aussi qu’il y a un « flou grandissant sur la signification exacte des phénomènes d’embourgeoisement observés à travers les recensements de la population » et qu’on doit prendre en compte des différenciations plus fines à l’intérieur des catégories de population concernées (classes supérieures, classes moyennes).

Les axes spécifiques du travail entrepris le différencient donc des travaux déjà menés, et visent à le rendre complémentaire. L’objectif est surtout d’explorer davantage les rapports à l’espace résidentiel de certains acteurs du changement urbain : en quoi investir et s’investir (c’est-à-dire pas seulement économiquement) dans certains espaces peut participer à la construction d’une identité sociale individuelle et/ou collective, et avoir des effets dans les trajectoires sociales.

Pour cela, on compare des situations actuelles aux situations étudiées dans les années 70-80 sur trois points : premièrement, qui est acteur de l’embourgeoisement de certains quartiers à certaines époques ; deuxièmement, pourquoi ces individus et groupes sociaux sont acteurs du changement urbain à cet endroit et à ce moment, et que leur apporte cette inscription dans l’espace ; enfin, comment ce changement se déroule (les modalités d’appropriation du territoire, les formes prises par la cohabitation, et les compétences spécifiques que les acteurs de la gentrification mettent en œuvre dans ce processus). D’autre part, et c’est la deuxième dimension historique du projet, on veut voir quelles conséquences ce phénomène a non pas pour l’espace, mais pour la population « gentrifieuse » ; ce dernier point peut être étudié en retraçant les parcours (carrières résidentielles, mais aussi professionnelle, familiale, militante...) d’anciens « gentrifieurs » : cela permet de repérer les effets probables d’une telle expérience résidentielle sur la trajectoire sociale ultérieure.

Les cas de gentrification des années 70-80 (même si ce terme n’était pas encore utilisé alors) auxquels nous faisons le plus souvent référence concernent le quartier Daguerre à Paris, et le quartier de la Croix-Rousse à Lyon ; ils ont été décrits et étudiés par des chercheurs de l’Observatoire du Changement Social (programme de recherche du CNRS mis en place en 1977). Les travaux de l’Observatoire ont donné lieu à des publications régulières entre 1977 et 1982, à un ouvrage de synthèse, L’esprit des lieux, et à quelques publications spécifiques à certains quartiers (comme Le triangle du XIVème, sur le XIVème arrondissement de Paris) [5].

Les grandes dimensions de la comparaison inter-temporelle des acteurs et des processus de la gentrification

L’exploration des grandes dimensions de cette perspective particulière sur la gentrification conduit à des questions sociologiques plus fondamentales. Ces questions peuvent être comprises et éclairées à l’aide d’un dialogue entre des auteurs et des recherches, à chaque période et entre les périodes.

La gentrification des années 1970-1980

Qui étaient les acteurs de la gentrification ?

Il s’agit dans un premier temps d’expliciter et de déconstruire les « figures » de l’embourgeoisement urbain - médiatisées comme « hippies » puis comme « bobos » - et de cerner les caractéristiques des individus et des groupes particulièrement actifs dans la recomposition sociale des quartiers anciens dans les années 1970-1980.

Les études des chercheurs de l’O.C.S. ont permis de caractériser finement ces populations, en particulier celles qui transformèrent les quartiers de la Croix-Rousse à Lyon et Daguerre à Paris. Elles appartiennent aux « nouvelles couches moyennes » (terme pluriel soulignant leur diversité) caractérisées par leur positionnement sur le marché du travail - ce sont plutôt des salariés de l’Etat, exerçant une activité « sociale » au sens large (éducation, santé, architecture,...) dans des professions récemment développées, où la reproduction sociale est donc rare pour des raisons structurelles ; on y trouve également des étudiants ou des marginaux vivant de « petits métiers » avant de s’installer comme artisans ou restaurateurs (surtout à Croix-Rousse). Ils sont aussi caractérisés par leur adhésion à un système de valeurs inspiré de 1968, valorisant l’interconnaissance, la convivialité (surtout à Daguerre), la lutte et la contestation politiques. Jean Rémy dresse peu ou prou le même portrait, les gentrifieurs étant selon lui constitués principalement des classes moyennes ayant un fort capital culturel et un assez faible capital économique - ce qui les met face à des contradictions dans leur vie quotidienne.

C. Bidou, dans Les aventuriers du quotidien [6], a aussi rencontré, en quartier ancien comme en village péri-urbain, ces « nouvelles couches moyennes salariées » qu’elle a d’ailleurs contribué à définir. Elle insiste davantage sur plusieurs points qui nous semblent particulièrement intéressants pour la comparaison avec les populations actuellement actrices de l’embourgeoisement.

D’abord, il s’agit d’une catégorie de population peu évidente à nommer et à situer dans l’espace social : elle appartient aux classes ou aux couches moyennes qui sont le « ventre mou » d’un espace social structuré de façon très polarisée en France. P. Bourdieu, dans La distinction [7], les situe dans la « petite bourgeoisie » très extensive (« tout ce qui n’est pas le prolétariat et la vraie bourgeoisie », c’est-à-dire le tertiaire dans son ensemble), dans la sous-catégorie de « petite bourgeoisie nouvelle » (instituteurs et professions intellectuelles, services médicaux et sociaux). Cette catégorisation, que l’on retrouve également chez d’autres auteurs à l’époque, ne satisfait cependant pas un grand nombre d’intellectuels souffrant, selon C. Bidou, de « culpabilité idéologique », et qui considèrent que le système de valeurs de ces « nouvelles couches moyennes » les différencie de la « petite bourgeoisie » où leurs positions socio-économique les placent pourtant (« il n’est jamais imaginé qu’elles puissent ne pas faire partie intégrante des couches dominées, tant apparaîtrait grand alors le risque d’assimilation injurieuse à la funeste "petite bourgeoisie", à laquelle elles n’appartiennent effectivement pas » [8]).

En effet, ces catégories semblent se définir autant par leur système de valeurs que par leur situation professionnelle ; celui-ci se distingue sur plusieurs points saillants (on suit C. Bidou) : le rapport au travail d’abord, qui est pacifié, sort d’un paradigme d’aliénation et est associé à de nouvelles valeurs (liberté, autonomie, épanouissement...) ; le refus ou l’incapacité de se situer dans la hiérarchie au travail comme dans l’espace social (interprété par C. Bidou comme une « sorte de rationalisation de satisfaction d’une position n’offrant pas grand pouvoir » liée au peu d’histoire et de visibilité sociale de leurs professions) ; les rapports à l’espace et au temps sont marqués par un sur-investissement du hors-travail (c’est-à-dire de l’espace-temps résidentiel) ainsi que du « quotidien » ; enfin, en ce qui concerne l’espace, ces enquêtés valorisent l’ancienneté du bâti, l’interconnaissance, la convivialité, le mélange social et ethnique, la concentration des différentes activités dans l’espace local, l’« authenticité » des gens, des relations, des bâtiments, etc... On verra plus loin ce qui peut expliquer ces goûts.

Pourquoi ont-ils été acteurs de la gentrification ?

Comme annoncé plus haut, une des questions fondamentales que nous souhaitons poser sur la gentrification est celle non pas des logiques urbaines, mais des logiques sociales à l’œuvre dans ce phénomène. Concrètement, il s’agit de trouver les termes d’une apparente adéquation entre les caractéristiques d’un espace et les caractéristiques d’une population à un moment donné : pourquoi cet espace-là est-il choisi, et pourquoi l’est-il par cette population-là ? Quels sont les déterminants de ces choix résidentiels ?

Il s’agit d’abord de comprendre pourquoi les populations précédemment décrites trouvent dans le champ résidentiel, un lieu (une scène) d’expression. Une explication est proposée par les chercheurs du programme O.C.S. : ils considèrent que la constitution d’une identité sociale (entendue comme « l’image de soi que l’on donne aux autres et que les autres vous renvoient [...] qui permet [...] de reconnaître ses semblables et de se différencier des autres » [9]) fait l’objet d’une stratégie : un objectif, des ressources, et un champ d’action, qui peut être résidentiel, ou professionnel, associatif, familial... L’hypothèse est alors la suivante : « si l’identité sociale se construit pour certains et en partie dans et par le quartier, c’est que l’identité professionnelle ne paraît plus suffisante, ou ne correspond pas aux ressources des individus » [10]. Les populations enquêtées par ces chercheurs sont en effet en début de carrière professionnelle incertaine ou présentant peu d’opportunités d’ascension, ils sont parfois en trajectoire descendante par rapport aux parents, ou bien la dévaluation des titres scolaires ne leur permet pas de valoriser leur capital scolaire à sa juste valeur ; le champ professionnel ne permettrait donc pas, selon cette analyse, la construction d’une identité sociale valorisante.

Le champ résidentiel, en tant qu’espace physique, social et symbolique, présenterait a contrario des opportunités pour valoriser leurs capitaux spécifiques (faible capital économique, forts capitaux culturel et social...). Notamment, c’est dans le quartier ancien un peu dégradé et populaire (le « quartier-village » mythique) que ces ressources seraient le plus valorisées : un quartier peu cher permet d’investir le faible capital économique dans un logement dont ils peuvent assurer la remise en état, voire la transformation (et en même temps y imprimer leur marque) ; ceci nécessite en effet la mobilisation de compétences (architecture, bricolage, déco) et de temps dont ils disposent, ou dont le réseau dont ils disposent (capital social) dispose... De même, l’espace social du quartier peut être un champ de valorisation du capital social et symbolique, et les champs associatif et politique locaux peuvent permettre de valoriser les capitaux culturel et linguistique... (ce qui expliquerait que les gentrifieurs se caractérisent aussi par leur forte visibilité dans l’espace résidentiel).

S. Beaud [11] montre, de la même manière bien qu’à propos d’un objet très différent (le rapport aux études des jeunes issus de l’immigration) comment le quartier peut être un espace-ressource (petits boulots, réseau d’entraide pour les trajets par exemple...) valorisant des ressources spécifiques de façon compensatoire par rapport à l’échec de la socialisation sur la scène scolaire. A un moment donné de la trajectoire, l’inscription dans l’espace pourrait donc remplir un rôle socialement utile. Dans les deux cas, le choix géographique de localisation des activités, du temps passé, des relations nouées, correspondrait au choix d’un espace où on dispose du maximum de ressources pour se construire une identité sociale valorisante.

De manière générale, S. Beaud comme l’OCS montrent que le rapport au quartier doit être analysé en relation avec l’ensemble de la trajectoire (et pas seulement la trajectoire résidentielle), puisqu’il peut être investi de façon compensatoire par rapport à l’échec de la socialisation sur d’autres scènes (notamment professionnelle). Dans la plupart des enquêtes portant sur des situations d’investissements dans l’espace résidentiel, les acteurs du changement urbain sont en effet dans des situations professionnelles peu valorisantes : on l’a vu à propos des « aventuriers du quotidien » ; dans la recherche de J.-S. Bordreuil sur l’installation des artistes à SoHo [12], il s’agit d’artistes débutants n’ayant encore ni capital économique ni reconnaissance professionnelle ; c’est encore le cas dans les enquêtes de S. Chalvon-Demersay, d’O. Benoît-Guilbot, ou de B. Bensoussan sur les terrains de l’O.C.S.. F. Weber, à partir de ses terrains d’enquête, fait à cette époque la même hypothèse : « les choses se passent comme si, dans la construction de l’identité sociale, la position dans l’univers professionnel perdait de son importance, laissant ainsi plus de part aux références territoriales et régionales » [13].

A la lumière de ces travaux, la question est moins : « comment peut-il y avoir adéquation entre certains espaces et certaines populations à un moment donné ? » que « pourquoi et comment l’inscription territoriale peut être mobilisée comme ressource sociale ? ». Une des réponses à cette question repose sur l’idée d’identification entre un groupe social et un lieu : le choix de certains espaces ayant les caractéristiques particulières est aussi l’occasion de matérialiser et d’affirmer certaines valeurs, certains goûts : le quartier est alors investi en symboles.

J.-S. Bordreuil parle de « valeur territorialisante » de certains espaces pour certaines populations : une identité sociale peut être adossée à une identité spatiale (dans le cas des artistes qui s’installèrent à SoHo, l’appropriation d’un espace décalé géographiquement, socialement, architecturalement par rapport au centre du marché de l’art, a soutenu l’affirmation d’une position décalée et novatrice sur ce marché de l’art). Dans ce cas, l’inscription territoriale a eu des effets bénéfiques pour la constitution d’une identité... professionnelle ! Dans ce cas, l’identification de l’identité artistique à l’espace est poussée à son maximum : les caractéristiques spatiales dans lesquelles se sont développés les mouvements artistiques émergents à SoHo les ont façonnés (big works, found objects, art environnemental, pop art, factory art...).

En fait, cette « valeur territorialisante » n’existe pas d’elle-même comme une caractéristique intrinsèque à l’espace : ce sont les pionniers ou les gentrifieurs qui s’y installent qui donnent à leur insertion spatiale une valeur territorialisante en y mettant en jeu de façon affirmative leur identité. De la même manière, C. Bidou-Zachariasen montre dans « L’espace urbain comme ressource sociale dans le roman proustien » [14] comment la bourgeoisie du XIXème siècle, telle qu’elle est décrite par Proust, mobilise l’espace comme une ressource pour construire son identité et sa visibilité sociales.

Les « aventuriers du quotidien » rencontrés à Paris par C. Bidou choisissent aussi pour quartier d’habitation un espace support de leurs valeurs : dans le quartier d’Aligre, le mélange social, ethnique, l’ancienneté, le désordre, le mélange des activités d’habitat et d’artisanat représentent et matérialisent leurs valeurs (mythe du village cosmopolite et pacifique). Mais ces habitants sont dans un rapport de contemplation avec ces symboles ; eux-mêmes ne mettent pas en œuvre ces valeurs dans leurs pratiques. Selon l’auteur, c’est leur position sociale particulière qui explique ce rapport mythique au quartier : « la mise en scène de la vie sociale dans le petit théâtre villageois participe de ce même désir de nier les rapports sociaux » [15]. C’est aussi un rapport mythique au quartier ancien que décrit Jean Rémy dans sa synthèse sur le retour aux quartiers anciens [16] : celui-ci est choisi non pas pour sa valeur utilitaire mais pour les valeurs qu’il symbolise (valorisation de l’ancien, convivialité, opposition à la banlieue moderniste et fonctionnaliste, etc.) et bien que les pratiques dans ce quartier soient en opposition avec ces valeurs.

Comment ont-ils été acteurs de la gentrification ?

Le troisième questionnement concerne les configurations et les modalités de l’embourgeoisement des quartiers anciens aux deux périodes considérées : si cela permet de mesurer le rôle de ces habitants en termes de changement urbain, l’objectif est surtout de cerner la manière dont ces changements s’opèrent, en apparence "naturellement", à travers le rapport à l’espace, et aux autres groupes sociaux dans cet espace, des « nouveaux habitants ». Ceci recouvre les dispositifs multiples par lesquels ils ancrent leur présence, marquent le territoire, se rendent visibles, imposent leurs modes de vie et de sociabilité, valorisent certains espaces ou certains rythmes, induisent des changements volontaires, mais aussi involontaires et parfois sous la forme d’effets pervers, se substituent à la population plus ancienne comme « représentants » du quartier, etc.

On est ici au cœur de l’analyse de la cohabitation des groupes sociaux dans un même espace : le quartier et l’immeuble ne sont jamais le lieu d’une simple juxtaposition de modes de vie différents ; une confrontation de pratiques et de valeurs les anime de micro-luttes pour l’imposition de normes, de systèmes de valeurs, de modes de sociabilités, de modes de vie différents.

Dans le cas du quartier Daguerre, S. Chalvon-Demersay [17] montre bien comment le fait de recevoir des amis à toute heure, d’étendre sa lingerie à la fenêtre, ou de peindre en couleurs sa boîte aux lettres sont des marquages conflictuels dans le temps et l’espace du quartier, tandis que la consommation de pain cuit au feu de bois mène à la fermeture d’anciens commerces ; et comment le fait d’inciter ses pairs à venir habiter le même quartier provoque une hausse des prix de l’immobilier et accentue l’éviction des autres catégories d’habitants. Les effets induits sur la fréquentation des écoles de quartier, sur le tissu associatif ou encore sur la représentation politique locale sont également fondamentaux. Le quartier devient ainsi le lieu d’une domination économique, matérielle et symbolique locale. On voit dans ce cas que c’est l’investissement de ressources propres aux « gentrifieurs » qui conduit à une situation de domination économique et commerciale (Daguerre), culturelle et politique (Croix-Rousse)...

Cette domination locale est probablement l’élément principal qui fait que l’inscription dans le quartier confère un certain pouvoir. Mais il semble que le processus même de conquête et d’investissement dans un territoire soit aussi source de valorisation sociale.

Le texte de J.S. Bordreuil sur SoHo attire particulièrement l’attention sur tous les éléments à la fois du contexte et du déroulement du processus de gentrification, car ces modalités peuvent être en elles-mêmes des éléments constitutifs de l’identité sociale mise en jeu. En l’occurrence, c’est l’action même de conquête du territoire et d’inscription spatiale - contre des institutions, contre des réglementations, etc. - qui, plus que son résultat, a participé à la construction identitaire professionnelle des artistes, car cette action de conquête et d’appropriation de l’espace requérait des savoir-faire et des manifestait valeurs spécifiques (capacités de mobilisation contre les frontières administratives et réelles, d’action collective, de visibilité ; transgression ; inventivité, etc.).

Il faut ainsi considérer l’hypothèse selon laquelle la « conquête » d’espaces populaires et/ou dégradés met en œuvre des compétences et des valeurs caractérisant l’identité sociale recherchée par les gentrifieurs. Est-ce que le mouvement même de "frottement" avec des classes inférieures peut être l’occasion pour ces personnes de mettre en œuvre des compétences, et de manifester des valeurs de façon valorisante ? Lesquelles ? C’est une perspective peu développée par les chercheurs des années 1970, et un travail rétrospectif tout autant qu’une mise en œuvre sur les terrains actuels semblent féconds.

La gentrification d’aujourd’hui

L’enquête sur les terrains actuels est en cours, c’est pourquoi on ne présente pas ici des résultats permettant pleinement la comparaison avec les connaissances acquises sur l’époque passée, mais seulement des hypothèses, des pistes de recherche suggérées par ces connaissances et qui guident le travail d’enquête. On livre aussi quelques éléments déjà rencontrés sur le terrain, mais sur lesquels on manque encore de recul pour savoir quel statut leur accorder et comment les organiser

L’enquête concerne deux quartiers actuellement en embourgeoisement : le Bas-Montreuil, dans la banlieue Est de Paris, et la Croix-Rousse (plateau et pentes), qui connaissent des renouvellements successifs de peuplement, et qui seront ainsi comparés aux pentes de la Croix-Rousse des années 1970. On procède à une campagne d’entretiens semi-directifs auprès d’acteurs de la gentrification, ainsi qu’à un travail d’observation. Les hypothèses et observations que l’on présente ici, et qui portent aussi bien sur les caractéristiques de cette population que sur ses motivations et sur les modalités de son inscription territoriale, guident la réalisation des entretiens.

Qui sont les acteurs de la gentrification actuelle ?

L’enquête par entretiens permettra à terme de décrire finement cette population, ses caractéristiques sociologiques (âge, niveau d’instruction, PCS, niveau de revenus) ainsi que ses représentations et ses valeurs, ses ressources et ses stratégies d’identité sociale, et de percevoir comment ces différents aspects expliquent les choix résidentiels et les rapports à l’espace résidentiel - et dans quelle mesure ces explications ressemblent à celles avancées dans les années 80.

Sur quels points les « nouveaux » habitants du Bas-Montreuil et de la Croix-Rousse sont-ils comparables ou différents de ceux qui transformèrent Daguerre ou déjà la Croix-Rousse dans les années 70 ? Et ces différences sont-elles dues aux évolutions structurelles, ou indiquent-elles que les processus eux-mêmes et leurs acteurs sont différents ?

Les ménages qui semblent à première vue concernés, et qui sont souvent qualifiés de « bourgeois-bohème » [18], se distinguent des populations enquêtées par l’OCS sur quelques points, notamment le niveau d’études, l’insertion professionnelle et le niveau de revenus. Pourtant, malgré des positions sociales et professionnelles différentes, leurs rapports au travail, à la hiérarchie sociale, au temps et à l’espace paraissent familiers, ainsi que la tendance à vouloir se constituer en modèle culturel par opposition aux systèmes de pratiques et de représentations des autres groupes sociaux.

Les premiers constats effectués sur le terrain invitent toutefois à porter une grande attention à la diversité des ménages et des catégories sociales impliquées dans la gentrification du Bas-Montreuil. Une des conclusions du travail de thèse de J.-Y. Authier [19] est que la gentrification est un processus continu, qu’il ne s’agit pas simplement du remplacement d’une population par une autre qu’on pourrait décrire de façon unique, mais de renouvellements successifs ; dès lors, on ne pourra pas trouver de « modèle unique » de gentrifieur, sous peine de déformer la réalité, mais un « dégradé » de profils des années 70 à nos jours, l’important étant d’en souligner les points communs et les différences.

C’est bien ce que l’on constate rapidement dans le Bas-Montreuil, où on trouve plusieurs « profils » de gentrifieurs qui ne correspondant pas fermement à des dates d’installation dans le quartier (les seules variables qui paraissent jusqu’à présent fortement corrélées à la date d’installation sont celles liées directement au marché immobilier : prix de vente ou de location pour des biens comparables, et types de biens disponibles sur le marché). On trouve en effet des « artistes » : des intermittents des arts vivants, peintres ou sculpteurs, ayant besoin d’espace peu onéreux pour travailler et présenter leurs travaux, sont venus dès les années 80, certains sont restés, d’autres sont partis ailleurs (parfois plus haut dans Montreuil) ; des intermittents de l’audiovisuel, techniciens, producteurs, scénaristes ou réalisateurs, arrivés de façon continue depuis la fin des années 80 (les techniciens de l’audiovisuel ayant en général des revenus plus réguliers que les artistes du spectacle vivant). On trouve également des enseignants du secondaire ou du supérieur, ainsi que des chercheurs ; ils semblent plus souvent militants d’organisations politiques, syndicales ou associatives locales ou nationales ; ils sont arrivés dès les années 80 et jusqu’à très récemment (ils se sont parfois même installés ailleurs à Montreuil dans les années 80, mais ont récemment déménagé pour le Bas-Montreuil, faisant donc partie des gentrifieurs de ce quartier bien que « migrants internes » à la commune...) Il semblerait qu’on trouve également des avocats, des médecins, des chefs d’entreprise.

On trouve donc une diversité de gentrifieurs, aux positions sociales et économiques formant un large éventail, qui eux-mêmes cohabitent dans le même quartier et participent différemment à sa gentrification.

Pour établir finement les ressemblances et différences par rapport aux genrifieurs de l’époque précédente, l’enquête doit encore s’étoffer afin de démêler ce qui provient d’évolutions structurelles ou de changements concernant le processus de gentrification lui-même (nous avons surtout constaté des ressemblances jusqu’ici, mais nous avons aussi interrogé peu d’habitants très récemment installés). En ce qui concerne les activités professionnelles des nouveaux habitants du Bas-Montreuil, on constate des ressemblances avec celles évoquées pour les années 70 (activités sociales et culturelles au sens large, avec une moins forte représentation du secteur public, et des « techniciens de la culture » et professions artistiques plus nombreux). On retrouve aussi, semble-t-il, des trajectoires socioprofessionnelles et des rapports au travail similaires à ceux évoqués à propos des terrains des années 70 : des positions professionnelles peu valorisantes par rapport aux études effectuées ou aux origines sociales (enseignants du secondaire par exemple) ; des positions professionnelles mal assurées économiquement (intermittents) et professionnellement (artistes débutants ou marginaux, souvent obligés de recourir à des emplois dits « alimentaires »... qu’on peut aussi considérer comme des membres des professions intermédiaires investissant peu leur emploi et ayant une importante pratique artistique...). On retrouve dans de nombreux cas une perméabilité importante entre les espaces et les temps du travail et du hors-travail (artistes, enseignants).

Le questionnement sur la position de ces populations au sein des classes moyennes et sur ce qui en fait - ou non - des groupes sociaux dotés d’une identité spécifique est un autre point de comparaison avec les « embourgeoiseurs » des années 70-80. En effet, de la même façon que M. Dagnaud et O. Benoît-Guilbot définissaient « la classe d’alternative », à laquelle on a vu qu’on pouvait rattacher les « embourgeoiseurs » des quartiers anciens des années 70-80, on doit cerner le plus précisément possible les individus actuellement gentrifieurs et voir s’ils partagent eux aussi, a minima, ressources, conditions d’existence et valeurs. De ce point de vue-là, il y a un important travail à mener sur le terme « bourgeois-bohème » et sur la catégorie multiforme qu’il est censé recouvrir : initialement catégorie journalistique [20] passée dans le vocabulaire du marketing, elle est devenue catégorie du sens commun en prenant des contours très fluctuants, et ambitionne apparemment de combler une lacune de la sociologie des classes moyennes. Un des points intéressants sera d’ailleurs de voir si les « bobos » peuvent être caractérisés socialement de façon non équivoque sans mentionner leurs comportements résidentiels : la gentrification serait-elle une des caractéristiques constitutives du groupe social qu’on nomme « bobos » ? Inversement, est-ce que les gentrifieurs des années 2000 s’apparentent massivement à ce « groupe social » (qui doit être défini sociologiquement) ? Cette réflexion pourrait nourrir les débats actuels sur les classes sociales et notamment sur les classes moyennes [21]. De plus, on a souvent remarqué que les ménages prennent position explicitement vis-à-vis de ce groupe, chacun s’en sentant très proche mais toujours légèrement extérieur : quel est l’enjeu de cette distinction, et du positionnement par rapport à cette catégorie ?

Pourquoi sont-ils acteurs de la gentrification ?

L’analyse des entretiens devrait permettre de tester les interprétations et explications proposées dans les années 1970-80, notamment les deux hypothèses suivantes : l’hypothèse centrale selon laquelle le choix géographique de localisation des activités, du temps passé, des relations nouées, correspondrait au choix d’un espace où on dispose du maximum de ressources pour se construire une identité sociale valorisante (cette hypothèse semblait en effet vérifiée à la période précédente) ; l’hypothèse du choix d’un espace-support de goûts et de valeurs.

Les ménages actuellement impliqués dans les quartiers en gentrification semblent mieux insérés professionnellement, et devraient donc, selon ce modèle, avoir moins besoin de la scène résidentielle pour la construction de leur identité sociale. On les voit plutôt cumulant des identités sociales assez valorisées dans plusieurs champs à la fois. C’est ce que montrent les auteurs de Du domicile à la ville [22] : les plus actifs dans le quartier sont aussi les plus investis professionnellement. Comment expliquer ces situations ? Peut-être le quartier permet-il de valoriser des dispositions qui demeurent non activées dans l’espace professionnel ?

Même si parmi les premiers enquêtés du Bas-Montreuil, plusieurs semblent bien insérés professionnellement, d’autres cependant se sont installés dans ce quartier et s’y sont investis à un moment de crise dans le champ professionnel ou familial ; ils disposaient alors de ressources (finances, temps, compétences, etc) non exploitées dans ces sphères et qui furent investies dans la vie locale.

La problématique d’un arbitrage entre investissement dans le lieu de résidence ou dans le travail est néanmoins peut-être datée. Elle doit en tous cas être complétée par celle de l’arbitrage qui semble s’y être substitué, du moins dans les discours : celui qui oppose un style de vie très tourné vers le local et une vie éclatée entre des espaces de pratiques très variés (on pense aux écrits de F. Ascher par exemple) ; cela renvoie aux réflexions actuelles montrant que les pratiques d’ancrage et de mobilité ne sont pas exclusives l’une de l’autre... On doit également penser aux diverses formes de ruptures ou de relativisation du statut professionnel qui peuvent être voulues et plus ou moins temporaires - on pense par exemple aux personnes en congé de maternité ou congé parental, ou mères (ou pères) au foyer avec des enfants, ou encore aux personnes étrangères venues sans situation professionnelle préalable - situations qui impliquent souvent une présence plus importante dans le quartier de résidence.

L’hypothèse d’un rapport mythique au quartier ancien populaire doit elle aussi être testée dans les entretiens et l’observation : ce rapport ne risque-t-il pas d’être encore plus mythique aujourd’hui, si les conditions socio-économiques d’existence se sont élevées mais que le système de valeurs a perduré ? On a jusqu’ici retrouvé dans l’enquête des éléments du système de valeurs post-soixante-huitard, à commencer par l’image du « village », qui se caractérise surtout par des activités concentrées dans une aire restreinte, et par un fort degré d’interconnaissance entre habitants du quartier.

Au niveau de l’identification à une image de quartier comme manifestant des valeurs et des positions, un jeu subtil apparaît autour de l’histoire sociale et politique de Montreuil. D’une part, on retrouve, parmi les éléments appréciés dans le quartier, la forte diversité sociale et ethnique ; mais il n’est pas sûr qu’elle soit aussi valorisée que sur les terrains antérieurs, ou du moins qu’elle le soit de façon aussi « mythifiée »... D’autre part, les « nouveaux » habitants manifestent un intérêt et un enthousiasme pour l’histoire industrielle et agricole de Montreuil, ce qui mène à la patrimonialisation de bâtiments industriels et d’espaces horticoles (notamment les « murs à pêches », aujourd’hui partiellement classés site protégé suite à l’action d’habitants réunis en association). Cette patrimonialisation, qui n’est pas sans rappeler le réinvestissement de l’histoire des canuts par les « embourgeoiseurs » de la Croix-Rousse, est bien sûr une attitude nouvelle à l’égard de l’histoire récente de la commune, contribuant à faire basculer dans un passé « historicisé » voire désincarné la période très récente où la municipalité communiste, concentrée sur son électorat ouvrier, souhaitait construire des logements sociaux sur ces anciens espaces industriels ou horticoles en friche : comme l’écrit Sylvie Tissot dans sa thèse sur la réforme des quartiers, « avec les murs à pêches, une autre manière de raconter l’histoire se met en place à Montreuil, qui signe la condamnation du modèle d’aménagement de l’après-guerre » [23].

Comment sont-ils acteurs de la gentrification ?

Les « gentrifieurs » actuels sont visibles et se rendent visibles : ils impriment leur marque de façon plus ou moins volontaire sur le bâti (ne serait-ce que par la rénovation, constitutive de la gentrification, et par l’affirmation de certains goûts en matière d’aménagement) ; leur présence se remarque par des affiches et petites annonces pour des événements dont ils sont organisateurs et/ou destinataires ; ils sont également présents dans la vie associative, politique, dans les écoles, dans l’animation de quartier, de rue ou d’immeuble, dans les commerces (bars et restaurants)... C’est ce que l’enquête montre, à l’aide de l’observation et d’une attention accrue, lors des entretiens, à tout ce qui est dit des espaces fréquentés, des sociabilités, mais aussi des horaires de vie, des bruits, des points d’accord, de négociations et de conflits entre diverses populations, qui informent sur les goûts, les normes et les usages du quartier de ces populations.

On peut dès lors faire l’hypothèse suivante : si le fait de « se fondre » dans un quartier populaire, d’y trouver sa place, est valorisé aujourd’hui comme dans les années 70 par des nouvelles couches moyennes, dans les années 1970 cette intégration se jouait en grande partie sur la scène de la représentation politique (Croix-Rousse) ou sur la scène commerçante (Daguerre), tandis qu’elle passerait aujourd’hui par l’appropriation d’éléments plus ou moins mythifiés de la culture populaire locale.

Une autre hypothèse sur les gentrifieurs de 2000, qui nécessite l’observation des dispositifs de « prise de possession » des territoires, est qu’ils auraient une capacité d’appropriation de la culture populaire, de ses modes de vie et de sociabilité : la sociologie culturelle met actuellement en exergue une tendance à la volonté d’« hybridation de la culture cultivée » [24] de la part des catégories valorisant traditionnellement la culture savante : les emprunts à la culture populaire (un café de quartier, une sociabilité dans les espaces publics, une décoration à base de « récup’ »...) puis leur appropriation, seraient valorisés. L’acte d’appropriation de la culture populaire manifesterait ainsi à la fois des goûts populaires et une aisance culturelle propre aux catégories dominantes ; il serait donc en lui-même valorisant socialement (comme l’appropriation territoriale révélait en elle-même des compétences, des dispositions, des valeurs et des goûts constitutifs de l’identité des artistes de SoHo).

A Montreuil, certaines observations vont dans ce sens : la forte fréquentation de quelques cafés locaux devenus lieux de rencontres habituels ; la sociabilité dans la rue, et notamment autour des marchés ; la revitalisation de la tradition du carnaval et de la pratique des vide-greniers ; la décoration de certains logements à partir d’objets symbolisant la consommation de masse détournés de leur fonction initiale (présentoir commercial de cartes postales détourné en dispositif de salon pour montrer des photos privées ; pot de petit suisse géant transformé en lampe ; etc.), et à partir d’objets et de meubles récupérés dans les vide-greniers et aux puces.

Mais on constate a contrario une importante importation de consommations culturelles légitimes voire avant-gardistes dans des espaces a priori pas destinés à cela (exposition de tableaux et débats politiques dans les bars et les restaurants ; concerts et spectacles destinés à une clientèle très exigeante et très « pointue » dans d’anciens bâtiments industriels reconvertis, voire dans des espaces d’artisanat encore actifs ; organisation de tournois d’échecs géants dans un square...). Dans le même sens, les gentrifieurs apprécient l’accueil fait par la municipalité aux associations et aux activités culturelles (équipements culturels tels que le cinéma municipal, nombreuses activités pour les enfants et les adultes, locaux pour les associations) ; mais leur forte mobilisation dans ces domaines les amène souvent, au-delà d’une simple consommation des équipements et des activités offerts, à s’en détacher pour consommer voire proposer des activités ailleurs.

Quant au rapport à la politique locale, même s’il semble différent de celui des années 1970, il n’est pas moins important et doit également faire l’objet d’une analyse : le rôle accordé par les média au « vote bobo » lors des élections municipales de 2001 (notamment l’hypothèse de sa responsabilité dans le basculement à gauche de Paris et de Lyon) attirent d’ailleurs l’attention sur cette dimension. A Montreuil, où la mairie est communiste depuis 1935 et jusqu’en 1992 (date où le maire actuel, J.-P. Brard, élu depuis 1984, quitte le PC), avec des succès garantis dès le premier tour jusqu’en 1995, l’enjeu politique est actuellement fort et très présent dans les discussions : le maire actuel semble menacé, ou du moins débordé par des électeurs écologistes, socialistes ou d’extrême-gauche qui ne lui ont pas accordé leur confiance en 2001, préférant voter pour le candidat affilié aux Verts - lui-même issu de l’extrême gauche indépendante. Celui-ci a obtenu ses meilleurs résultats dans certains bureaux de vote du Bas-Montreuil. Ces scores nouveaux, portés par l’arrivée massive des nouveaux habitants dans le quartier, sont ambigus, et révélent à la fois sur le fond une adhésion globale à la politique municipale qui a fait Montreuil, et sur la forme, un net désaccord sur la façon de diriger du maire actuel.

En période de campagne pour le référendum concernant la constitution européenne, les militants politiques (PC, PS, Verts) et associatifs (ATTAC) distribuant des tracts étaient nombreux sur les marchés du Bas-Montreuil, et plusieurs associations, bars ou restaurants organisaient des débats politiques. La politique municipale est en tous cas un réel sujet de discussion entre nombre de nos enquêtés, et ce d’autant plus que le maire, depuis son retrait du PC, cherche à accumuler un capital politique « réputationnel » [25], multipliant pour cela les contacts avec les média et les intellectuels, dont de nombreux représentants vivent aujourd’hui dans le Bas-Montreuil.

Par ailleurs, il semble que le processus même de conquête et d’investissement dans un territoire, autant que son résultat, soit aussi source de valorisation sociale. Le texte de J.S. Bordreuil sur SoHo attire particulièrement l’attention sur tous les éléments à la fois du contexte et du déroulement du processus de gentrification, car ils peuvent être en eux-mêmes constitutifs de l’identité sociale mise en jeu. A SoHo, c’est l’action même de conquête du territoire et d’inscription spatiale - contre des institutions, contre des réglementations, etc. - qui, plus que son résultat, a participé à la construction identitaire professionnelle des artistes, car cette action de conquête et d’appropriation de l’espace requérait des savoir-faire et manifestait des valeurs spécifiques (capacités de mobilisation contre les frontières administratives et réelles, d’action collective, de visibilité ; transgression ; inventivité, etc.).

Il faut ainsi considérer l’hypothèse selon laquelle la « conquête » d’espaces populaires et/ou dégradés met en œuvre des compétences et des valeurs caractérisant l’identité sociale recherchée par les gentrifieurs. Le mouvement même de « frottement » avec les habitants plus anciens, c’est-à-dire de coexistence de modes de vie, d’attentes et de normes différentes, serait l’occasion pour ces ménages de mettre en œuvre des compétences, et de manifester des valeurs de façon valorisante. Sur la scène politique par exemple, les diverses interventions semblent par exemple être l’occasion non seulement de « conquérir, d’investir » l’espace politique de la ville, mais aussi de déployer des réseaux qui confèrent une visibilité locale, qui manifestent une certaine appartenance, et de mettre en œuvre des ressources spécifiques : happenings ou concerts de soutien pour les uns, action directe dans la rue pour les autres, joutes orales pour certains, recours au droit ou à l’histoire pour les spécialistes, capacité et volonté de rallier le plus grand nombre ou action volontairement accaparée... Chacune de ces formes d’action, même si elle échoue à atteindre ses objectifs, aura au moins permis de faire preuve, sur la scène publique locale, de savoir-faire et de valeurs contribuant à la formation d’une identité collective locale. Cette perspective, peu développée par les chercheurs des années 1970, semble ainsi particulièrement féconde sur les terrains actuels.

Deux exemples concrets illustrent cette perspective. D’abord dans celui des artistes qui occupent de façon plus ou moins légale d’anciens bâtiments industriels (affirmant ainsi des certaines positions par rapport à l’administration municipale) et qui les transforment en lieux de création artistique et de propositions culturelles envers les habitants (affirmant localement et publiquement des compétences architecturales et décoratives, ainsi qu’une identité professionnelle de créateur et d’animateur culturel).

On le constate ensuite dans le cas d’un investissement très particulier du milieu scolaire : la mobilisation, dans un quartier du Bas-Montreuil, de parents de catégories socioprofessionnelles moyennes et supérieures regroupés au sein d’une association de parents d’élèves, qui se donnaient pour objectif d’enrayer l’évitement scolaire dont souffrait le collège local. Cela supposait tout d’abord de rejeter soi-même cette stratégie de l’évitement, mais aussi de se donner de bonnes raisons de le faire et de le faire faire aux autres parents ensuite. Ceci passait par l’affirmation d’un collectif organisé partageant un même objectif, par l’affirmation des valeurs qui sous-tendaient cette action (valeurs républicaines en faveur du système scolaire public), puis par l’activation de ressources propres (temps pour aller chercher les enfants et faire du soutien scolaire, compétences en langues pour assurer une formation complémentaire ou dans les disciplines enseignées pour assurer le soutien scolaire, aisance dans le rapport aux institutions politiques sollicitées, réseaux professionnels dans le domaine culturel pour faciliter des activités et sorties, etc.), ressources que, de plus, ce collectif ne destinait pas seulement à lui-même. L’action menée, quel que soit son résultat, était bien l’occasion pour ces parents de manifester leur présence et les attributs de leur position sociale.

Les grandes dimensions du suivi de trajectoires d’anciens « gentrifieurs »

Il s’agit de retracer les trajectoires résidentielles, mais aussi sociales, professionnelles, familiales ou militantes d’acteurs de la première « vague » de gentrification partageant une expérience résidentielle commune (qui s’est présentée, on l’a vu, comme une expérience particulière au sens où la scène résidentielle était particulièrement investie), et de voir quels effets cette expérience a pu avoir sur la suite de leurs parcours. Pour cela, on réalisera des entretiens biographiques avec des certains anciens enquêtés de l’O.C.S. que l’on devrait pouvoir retrouver, ainsi qu’avec des enquêtés récents de l’enquête « Rapports résidentiels » menée par l’équipe de J.Y. Authier qui se sont révélés avoir été gentrifieurs dans les années 1970. Ils seront interrogés sur leur trajectoire résidentielle et plus largement biographique depuis cette expérience.

Ceci permettra peut-être de désigner les variables les plus décisives dans le fait d’être à un moment en position, collectivement, de modifier la composition sociale mais aussi le fonctionnement et l’image d’un quartier.

Surtout, ce matériau permettra de revenir sur l’hypothèse fondamentale faite par le groupe de l’O.C.S. selon laquelle la construction d’une identité sociale est un objectif servi par une stratégie pouvant se déployer sur la scène résidentielle. La construction d’une identité sociale est-elle le moteur des choix résidentiels ? Pour quelles catégories d’habitants, à quels moments du cycle de vie, dans quelles conditions ? Et est-ce que les ressources investies dans le champ résidentiel à l’époque de son embourgeoisement ont eu des effets sur l’identité dans d’autres champs, comme le champ professionnel ? On pense par exemple à la réputation locale qui peut aider à trouver un travail ou une clientèle, ou aux responsabilités associatives acquises dans le quartier qui peuvent donner accès par exemple à des responsabilités municipales. On pense aussi aux effets potentiels de l’implication dans le quartier sur les parcours scolaires des enfants ou sur l’évolution des réseaux de sociabilité.

Il s’agit aussi de mesurer et de qualifier les effets propres des positions spatiales et des rapports à l’espace résidentiel des individus sur les divers aspects de leurs trajectoires. En effet, la « construction sociale qu’est le rapport résidentiel se présente certes comme un produit de la vie sociale, mais elle peut aussi être considérée comme l’une de ses dimensions structurantes : elle engage en effet des décisions et des arbitrages qui sont opérés par des personnes tout en étant par ailleurs socialement situés » [26]. Ainsi, « les observations d’OCS suggèrent même une interdépendance entre ces choix [du logement] et ceux qui concernent l’insertion professionnelle et peut-être même la taille de la famille. Le choix du quartier et du logement s’intègre dans l’ensemble du mode de vie qui forme ainsi système. » [27]. On s’inscrit là dans la problématique des effets de lieu, et dans un débat avec ceux pour qui les conditions d’existence liées au positionnement spatial dans la ville ne sont qu’une traduction spatiale du positionnement préalable dans l’espace social [28].

Ce matériau rare (des trajectoires biographiques longues rassemblées autour d’une expérience résidentielle commune) permet aussi de questionner la constitution éventuelle d’un groupe social par l’expérience commune de la gentrification : est-ce que les micro-luttes décrites ci-dessus ne sont pas fédératrices pour les nouveaux habitants (qui partagent déjà un certain nombre de caractéristiques sociales) ? est-ce qu’elle ne leur permet pas de voir émerger un groupe et un système de valeurs commun, prélude éventuel à une identité collective ? Selon C. Bidou, si l’on peut montrer que des gens partagent un même discours, des valeurs, des situations socioprofessionnelles, familiales et des pratiques similaires, on peut considérer qu’ils forment un groupe social. La question se pose à nouveau aujourd’hui.

Enfin, le cas des acteurs de la première gentrification restés dans les lieux depuis cette période pose la question de la position qu’ils occupent aujourd’hui dans le quartier, et notamment de la façon dont ils se positionnent par rapport aux nouveaux gentrifieurs...


Notes

[1] BIDOU-ZACHARIASEN C., « Processus de gentrification et nouveaux espaces de croissance », in TALLARD M., THERET B., URI D. (dir.), Innovations institutionnelles et territoires, L’Harmattan, Paris, 2000, p. 264

[2] C’était, entre autres, la perspective adoptée pour le travail de recherche mené en DEA à propos d’un quartier londonien : COLLET A., 2003, Les rapports entre espace physique et espace social : l’exemple de Stoke Newington, quartier londonien en gentrification, Mémoire de DEA de Sociologie-Anthropologie, sous la direction de Jean-Yves Authier, Université Lumière-Lyon 2, 2003

[3] SMITH N., 1979, « Toward a theory of gentrification : a back to the city movement by capital not people », Journal of the American Planning Association, n° 45, pp. 538-548

[4] MAURIN E., Le ghetto français : enquête sur la ségrégation urbaine, Seuil, Paris, 2004

[5] Collectif, L’esprit des lieux. Localités et changement social en France, Programme Observation du changement social, Editions du CNRS, Paris et CHALVON-DEMERSAY S., 1984, Le Triangle du XIVème : des nouveaux habitants dans un vieux quartier de Paris, Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris.

[6] BIDOU C., Les aventuriers du quotidien, PUF, Paris, 1984

[7] BOURDIEU P., La distinction, Editions de Minuit, Paris, 1979

[8] BIDOU C., op. cit., p. 26

[9] BENOIT-GUILBOT O., « Quartiers-dortoirs ou quartiers-villages ? », in COLLECTIF, L’esprit des lieux. Localités et changement social en France, Programme Observation du changement social, Editions du CNRS, Paris, 1986, p. 129

[10] op. cit., p. 155

[11] BEAUD S., 80% de réussite au bac, et après ?, La Découverte, Paris, 2002, chapitres 3 et 6, et BEAUD S., « Un temps élastique. Etudiants des "cités" et examens universitaires », Terrain, 29 sept. 1997, pp. 43-58

[12] BORDREUIL J.-S., « SoHo, ou comment le "village" devint planétaire », Villes en parallèle, n° 20-21, 1994, pp. 145-181

[13] CHAMBOREDON J.-C., MATHY J.-P., MEJEAN A., WEBER F., « L’appartenance territoriale comme principe de classement et d’identification », Sociologie du Sud-Est, n° 41-44, 1984-85

[14] BIDOU-ZACHARIASEN C., « L’espace urbain comme ressource sociale dans le roman proustien », Espaces et sociétés

[15] Les aventuriers du quotidien, op. cit., p. 80

[16] REMY J., « Retour aux quartiers anciens : recherches sociologiques », Sociologie urbaine et rurale. L’espace et l’agir, L’Harmattan, Paris, 1998

[17] CHALVON-DEMERSAY S., Le Triangle du XIVème : des nouveaux habitants dans un vieux quartier de Paris, Ed. de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1984

[18] à la suite de la parution en 2000 de l’ouvrage de D. Brooks, Bobos in paradise : the new upper class and how they got there (Simon & Schuster, 284 p.)

[19] AUTHIER J.-Y., La vie des lieux. Un quartier du Vieux-Lyon au fil du temps, PUL, Lyon, 1993

[20] à la suite de la parution en 2000 de l’ouvrage de D. Brooks, Bobos in paradise : the new upper class and how they got there (Simon & Schuster, 284 p.)

[21] cf Sociétés contemporaines, n° 45-46, 2002 consacré aux catégories sociales

[22] AUTHIER J.-Y. (dir.), Du domicile à la ville. Vivre en quartier ancien, Editions Anthropos, Paris, 2001

[23] TISSOT S., Réformer les quartiers. Enquête sociologique sur une catégorie de l’action publique, Thèse de doctorat de sociologie sous la direction de Christian Topalov, EHESS, 2002, p. 253

[24] DONNAT O., Les Français face à la culture : de l’exclusion à l’éclectisme, La Découverte, Paris, 1994, p.358

[25] L’expression est de D. Gaxie

[26] AUTHIER J.-Y., 2001, Espace et socialisation. Regards sociologiques sur les dimensions spatiales de la vie sociale, Habilitation à diriger des recherches, Université Lumière Lyon 2, p. 93

[27] BENOIT-GUILBOT O., « Quartiers-dortoirs ou quartiers-villages ? », op. cit., p. 135.

[28] BOURDIEU P., 1993, « Effets de lieu » in La misère du monde, Seuil, Paris, p. 159-167.