LE LOGEMENT ET L'HABITAT
COMME OBJETS DE RECHERCHE
 
 
 
 
 

Usages et conception

sous la présidence de Marion Segaud, Université du Littoral - Côte d’Opale

Cohabitation
Discutant : Férial Drosso, CRETEIL (IUP-Université Paris XII Val de Marne)

L’urbanistique patronale ou les politiques patronales paternalistes du logement et de l’espace, Julie Rauger, LASTES-Université de Nancy II
Même si le patronat a organisé l’espace économique, il reste qu’il a aussi et surtout imprimé l’espace territorial, social et culturel des cités et villes ouvrières. Cette intervention sur l’espace, tant dans l’agencement « matériel » ou morphologique des quartiers, dans la conception de l’habitat que dans l’établissement des rapports socioculturels conformes aux « exigences » patronales, autorise à parler d’urbanistique patronale. L’urbanistique patronale se définit par une maîtrise des enjeux de l’organisation des rapports sociaux dans un espace urbain, mise en œuvre dans une organisation urbaine planifiée. L’urbanistique patronale doit être considérée comme un « projet » paternaliste sur l’espace et les « habitants-salariés ». L’objectif de cet exposé est de présenter quelques éléments de l’urbanistique patronale telle qu’elle s’est développée au travers des politiques urbaines définies par le patronat paternaliste des Aciéries de Pompey (Meurthe-et-Moselle). Nous verrons comment le patronat s’est attaché, notamment par une gestion du foncier et le recours aux types architecturaux, à maîtriser l’évolution urbaine et à contrôler la répartition des groupes sociaux dans l’espace.
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L’habitat partagé dans les petites annonces, Mourad Bahfir, GRS-Université Lyon II
La communication portera sur l’exploitation d’un corpus de textes sur la colocation très intéressant à analyser. En effet, l’exploitation des informations que les candidats à la colocation fournissent par le biais d’une annonce-modèle nous donnent, d’une part, certaines caractéristiques sociales de cette population et, d’autre part, les manières dont ces candidats se présentent, décrivent le logement (description des différents éléments du logement et de l’environnement dans lequel il s’inscrit) qu’ils proposent ou qu’ils souhaitent acquérir, ce qu’ils attendent (les comportements et les attitudes qu’ils jugent importants pour le « bon » fonctionnement de la colocation) et ce qu’ils exigent (âge, sexe, nationalité, profession, etc.) de leur futur colocataire. Il s’agit donc de dégager les différentes formes de présentation de soi des candidats à l’habitat « partagé » et ce qu’ils attendent de leur futur colocataire. Cette dimension constitue une partie du travail consacré à construire une des clés de lecture permettant de comprendre les « groupes des cohabitants » produits par ce phénomène. Par ailleurs, l’intérêt ne se réduit pas seulement à comprendre cette pratique mais, dans une certaine mesure, à l’étude des groupes domestiques.
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Communautarisme urbain en Russie, Katerina Azarova, Laboratoire ACS - Université de Paris VIII
Le communautarisme urbain de la Russie soviétique naît au cours de la « Réforme révolutionnaire du logement », ou la répartition égalitaire de mètres carrés habitables, entre 1918 et 1922. Au cours de cette Réforme, annoncée comme une mesure nécessaire et prévue pour aider les citadins démunis, s’instaure l’habitation communautaire - logement, généralement de grandes dimensions, mais prévu pour une seule famille, avec une cuisine, une chambre de bonne, un wc et une salle de bains, et qui partagé par plusieurs familles, dont chacune bénéficie d’une pièce. Cette Réforme permettait de résoudre - bien que temporairement et partiellement - la crise du logement. Or dès le début du pouvoir bolchevique le « monde nouveau pour la famille, l’habitat et la vie quotidienne » se présente comme un des objectifs principaux de la nouvelle politique. Et dans ce contexte l’habitation communautaire est également une des premières versions d’un mode de vie nouveau et de la réalisation du projet socialiste. Le niveau le plus simple, adressé au peuple, du discours sur la Réforme révolutionnaire du logement, se précise à travers sa similitude avec des concepts entre l’ancienne tradition paysanne : l’idée du partage égalitaire et de l’instauration de l’unique et parfaite Justice. Cette Réforme exprime donc une nouvelle idéologie et son produit, le système d’appartements communautaires, bien que censé être provisoire, doit servir quelques objectifs idéologiques - tels que la guerre contre la mentalité et le mode de vie « petit-bourgeois », ou le rapprochement des représentants de différents classes et milieux sociaux, réunis par ce nouveau voisinage communautaire, pour entamer la réelle création d’une société égalitaire. Toutefois les procédés adoptés par les divers organismes, qui devaient effectuer et gérer la Réforme, ont rapidement été considérés excessivement violents - comme d’ailleurs le principe de la densification et la Réforme elle-même. C’est à partir de 1922 que se forme le regard critique sur cette politique. Cependant l’extrême faiblesse du secteur immobilier ne laisse guère d’autre choix que de « densifier » encore les appartements moscovites - en attendant que la nouvelle construction massive apporte les solutions plus appropriées à la pénurie de logement. La solution, que l’Inspection Sanitaire suggère alors comme la moins dangereuse du point de vue de l’hygiène et de la santé publique, est l’« auto-densification », qui consiste à laisser à l’ancien habitant le choix des personnes par lesquelles il « se densifie ». Vers la fin de la Réforme les droits dont bénéficient les locataires pour obtenir ou agrandir la surface habitable deviennent le point critique de la vie domestique et le sujet de discorde entre les voisins ou entre les administrations et les locataires. Depuis cette époque et jusqu’aux années 1940, ces droits sont constamment formulés et reformulés par des décrets, des arrêtés, des commentaires et des annexes législatifs, publiés dans les recueils de lois sur cette vie domestique particulière. Les incidents qui provoquent l’enchaînement de règlements de comptes, restent multiples au cours des années 1920-40. Mais ils amènent aussi progressivement à l’établissement d’un système de fonctionnement et d’interaction communautaire, basé sur le comportement adéquate et sur l’entente réciproque, qui inaugurera la « culture communautaire » pour les années à venir.
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Mode d’habitat et institution militaire : l’exemple de la vie en caserne au sein de la gendarmerie nationale, Sylvie Clément, Chargée d’études au Centre de prospective de la gendarmerie nationale
Doctorante au CESDIP, université de Versailles Saint-Quentin
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Espaces intermédiaires
Discutant : Jean-Michel Léger, IPRAUS-Ecole d’architecture de Paris Belleville

Les espaces intermédiaires, un état des lieux raisonné, Amélie Flamand, Institut d’Urbanisme de Paris - université de Paris XII Centre de Recherche sur l’Habitat - UMR LOUEST
La crise des grands ensembles, et plus particulièrement la difficile gestion de leurs abords, semble avoir révélé le caractère problématique de l’organisation du rapport public/privé. Ce sont ainsi les espaces entre rue et logement qui motivent cette recherche, dans la mesure où ils mettent en scène et nous informent sur la façon dont la société envisage le rapport entre individu et collectif. C’est à partir d’un état des lieux raisonné, d’une lecture et d’une analyse de textes ayant trait de près ou de loin à ces espaces, que nous interrogeons ces lieux denses et complexes : ils relèvent du domaine de l’habitat, mais pas seulement ; ils participent du quotidien tout en y échappant ; ils rendent possible l’expression de la familiarité et de la solennité ; ils opèrent le passage entre l’intime, le domestique et le politique ; ils accueillent l’individu tout comme le collectif. La spécificité des espaces intermédiaires tient ainsi dans cette conjonction singulière qui permet de penser ensemble des sphères, des échelles et des logiques, spatiales et sociales, souvent et à priori séparées. S’intéresser aux espaces intermédiaires, c’est, en effet, poser la question du lien, non pas du "pourquoi le lien", mais bien plutôt du "comment se fait le lien".
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Enjeux des espaces intermédiaires dans l’habitat collectif contemporain, Valérie Lebois, Psychosociologue, Laboratoire ACS - UMR/CNRS 7136, Université de Paris 8, Enseignante en sociologie de l’habitat à l’Ecole d’architecture de Paris Malaquais et de Paris Belleville
Un travail d’enquête mené dans des immeubles d’habitations construits à Paris intra-muros ces dix dernières années nous a permis d’observer une forte mobilisation dans les formes d’appropriations des espaces collectifs - hall, couloir, palier, cour, jardin... Très vite, nous nous sommes interrogées sur la qualité conceptuelle de ces lieux. Il s’agisait, en effet, de dépasser ce clivage entre perspective sociologique et perspective architecturale et ainsi d’analyser cette inter-relation entre les qualités formelles de l’espace et les pratiques observées. C’est à partir de la conjugaison de ces deux regards que nous avons cherché à dégager, dans le contexte d’une ville dense, l’étendue des conditions de réussite des espaces intermédiaires. En rapport à ces observations de terrain, il nous a intéressé de questionner le processus de conception et de saisir quelles sont les démarches théoriques et pragmatiques qui conduisent à la production de ces espaces ? Font-ils l’objet d’une projection habitée ? Quels enjeux, motivations et préoccupations participent au débat des acteurs ? Au-delà des discours généraux, nous avons choisi d’étudier en détails, de la théorie à la pratique, la démarche d’une architecte, de laquelle nous avions repéré dans notre première phase d’enquête les opérations. Cette architecte présente, en effet, la particularité de considérer les espaces intermédiaires comme les enjeux fondamentaux de l’architecture de l’habitation, voire même de l’architecture.
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La question du logement dans les lotissements de jardins en Hongrie, Melinda Molnar, LADYSS (Paris) / Institut de Gestion de l’Environnement (Hongrie)
Les lotissements de jardins en Hongrie, créés pour la plupart pendant la période communiste, connaissent aujourd’hui une transformation fulgurante. Suite aux changements du contexte politique, social et économique, l’autoconstruction des pavillons dans les jardins devient de plus en plus fréquente. Certains jardiniers considèrent ceux-ci comme des logements envisageables et souhaitent la mutation totale du quartier. D’autres à l’inverse perpétuent l’usage habituel et essaient de préserver l’état actuel des lotissements de jardins. La transformation de ces espaces en lieu d’habitation soulève des difficultés. Les infrastructures sont souvent inexistantes et le réseau routier inadapté. Pourtant, de nombreux usagers des jardins espèrent que grâce à une modification du plan d’urbanisme, leurs terrains deviennent constructibles. Les municipalités, faute de financement suffisant pour la mise aux normes de ces quartiers ou pour des considérations urbanistiques, n’acceptent cette solution uniquement lorsque la pression devient très forte. Finalement, chaque lotissement de jardin évolue d’une manière différente : ils s’adaptent plus ou moins aux contraintes ou disparaissent de manière irréversible.
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Renouvellement et conception de l’habitat
Discutant : Michel Bonetti, Laboratoire de sociologie urbaine générative-CSTB

Perceptions et gestion des déchets issus de l’espace habité à Ouagadougou, Maïmouna Traoré, ICoTEM-Université de Poitiers
Parmi les actions qui permettent de créer une symbiose entre l’habitant et son habitat figure la mise en ordre de l’habitat. Cette mise en ordre participe des attentes de l’habitant sur son habitat et peuvent se traduire entre autres par la gestion des déchets issus de l’activité domestique à savoir : la cuisine, le ménage, etc. A Ouagadougou, capitale politique du Burkina Faso, si la production des déchets ménagers varie d’une saison à l’autre, il n’en demeure pas moins que leurs modes de gestion (balayage, nettoiement et stockage en vue d’une précollecte) dans l’espace habité ne font pas l’objet de la même attention d’un logement à l’autre, en témoigne la cohabitation des déchets et des hommes - et parfois des animaux d’élevage (ovin, caprin, bovin...dans les quartiers comme Hamdalaye). Il s’agira pour nous d’examiner les perceptions et les représentations que l’habitant a de son habitat et les justifications qui sous - tendent la manière dont il gère les déchets qui y sont produits.
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Habitat collectif méditerranéen et dynamique des espaces ouverts., Letizia Capannini, Laboratoire ACS-Université de Paris VIII
La notion d’ « habitat pour le plus grand nombre » est complexe et demande une analyse historique synchronique et diachronique à la fois. Le thème est sous-jacent dans le débat international depuis l’introduction de la standardisation, mais c’est à partir du deuxième après-guerre qu’il prend une nouvelle centralité, et que l’on assiste à des positions de « modernisme critique » envers l’universalisme des Ciam. La dichotomie entre individuel et collectif se décline suivant les différentes positions théoriques. Dans cette communication, nous allons d’abord explorer les projets réalisés au Maroc par des architectes tels que Michel Ecochard et George Candilis, avec le groupe Atbat-Afrique. Le Maroc présente un modèle-pionnier pour la question du logement collectif, dans le contexte d’un exode rural de masse et du surpeuplement urbain. Nous nous attacherons en parallèle à des projets construits en Italie dans la conjoncture particulière de la reconstruction et du Plan Ina-Casa. Les recherches développées par des architectes comme Vaccaro, Cosenza, Quaroni, Ridolfi, Libera semblent s’inscrire dans une problématique commune. Aussi bien en Italie que dans le contexte nord-africain, la notion de méditerraneité apparaît comme préoccupation à des questions technologiques et scientifiques précises : les modes constructifs, le climat, les problèmes de ventilation propres aux pays chauds, l’attention aux matériaux et aux techniques locales, ainsi que le besoin de relations sociales des habitants et l’identité. Notre attention se concentre, tout particulièrement, sur le projet de l’Unité d’habitation horizontale au Tuscolano (Rome), réalisé par Adalberto Libera au retour d’un voyage au Maroc. Il s’agit en effet d’ un projet-manifeste pour mettre en lumière l’attention aux espaces ouverts de l’habitat collectif.
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De l’habitat au logement : Thèmes, procédés et formes dans la poétique architecturale de Roland Simounet, Zeila Tesoriere , IPRAUS / Université de Palerme
C’est à partir de la deuxième moitié du XX siècle que les architectes considèrent les modes de vie comme enjeux marquants la conception. Cependant, bien avant que la théorie architecturale entérine le recours au populaire comme source d’inspiration, avant même que les codes de l’architecture participationniste soient établis, l’œuvre de Roland Simounet, et notamment sa formation, accomplie au tournant des années 1950, témoignent des modalités de définition d’une nouvelle approche à la conception du logement dans ses relations à l’habitat. Depuis la contribution fournie par Simounet en 1953 à la Grille du groupe Alger du IX CIAM (l’Habitat pour le plus grand nombre), où le jeune concepteur réalise un relevé du bidonville algérois de Mahieddine comme base pour l’élaboration d’une cité de relogement, une nouvelle démarche est établie, où l’habiter n’est plus à saisir en tant que fonction mais comme acte culturel. Le relevé de Mahieddine permit à Simounet d’approfondir sa connaissance de l’habitat maghrébin et des modes de vie qui président ces espaces. En posant la description du réel comme premier jalon d’une méthode reconduite lors de la suite de cités de transit réalisées pendant les dix ans successifs, cette pratique construira une poétique opérante chez Simounet dans la globalité de son œuvre.
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