LE LOGEMENT ET L'HABITAT
COMME OBJETS DE RECHERCHE
 
 
 
 
 

Mobilités, habitat et identités

sous la présidence de Catherine Bonvalet, INED

La gentrification : acteurs et processus
Discutant : Jean-Yves Authier, GRS-Université Lumière Lyon II

Le marché du logement : un indicateur de l’évolution des territoires insulaires. , Clotilde Buhot, Laboratoire Géomer - LETG-UBO
Comment l’augmentation des prix de l’immobilier observée à l’échelle nationale se répercute-t-elle dans les îles du Ponant ? A travers les exemples de Bréhat, Ouessant et Yeu, nous avons tenté à définir les causes et les conséquences de cette crise du logement sur des espaces géographiquement limités ; le marché du logement pouvant être analysé de façon originale par le recours aux extraits des actes de mutation foncière à titre onéreux. Il en ressort que le poids des résidents secondaires (personnes non domiciliées dans l’île) est considérable puisqu’ils assurent à eux seuls au moins 70% des acquisitions. Ajoutons que ces derniers bénéficient d’un pouvoir d’achat très supérieur aux insulaires (ils contribuent alors à tirer l’ensemble des prix vers le haut) ce qui facilite et renforce leur omniprésence dans l’île. Il apparaît cependant que les résidents secondaires sont localisés préférentiellement dans les périphéries, tandis que dans les bourgs se trouvent concentrés les activités économiques, les services et la population insulaire. On peut en fait établir une corrélation entre la répartition géographique des résidents secondaires et les prix les plus élevés.
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Le logement et l’habitat, éléments-clés du processus de gentrification. , Anne Clerval, Géographie-cités
L’habitat, c’est-à-dire l’ensemble des caractéristiques physiques et économiques du parc de logements et leur évolution, et le logement, en tant qu’objet d’investissement à la fois matériel et symbolique des ménages, sont au cœur du processus particulier de transformation de l’espace urbain qu’est la gentrification. Ils forment des éléments-clés pour la caractériser, l’expliquer et l’interpréter. Dans le cas de Paris intra muros, l’augmentation des prix, celle de la part des propriétaires-occupants et la diminution de la part des petits logements sont révélatrices de l’avancement de la gentrification, à travers des mécanismes complexes. Et le logement lui-même fait l’objet d’un investissement particulier par les ménages gentrifieurs, dans une stratégie de distinction sociale de ce groupe émergent : outre l’extrême attention qu’ils attachent au choix de leur logement, les gentrifieurs se caractérisent par de nouvelles manières d’habiter, que ce soit dans l’espace domestique en privilégiant la pièce principale et les espaces ouverts, ou celui du voisinage, valorisé comme un espace intermédiaire entre le logement et le quartier.
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Sociologie des acteurs de la gentrification des quartiers anciens centraux d’hier et d’aujourd’hui, Anaïs Collet, GRS-Université Lyon II
Le travail présenté est celui d’une thèse en cours sur les acteurs de la gentrification de quartiers lyonnais et parisiens des années 1970 et d’aujourd’hui. Il ne porte pas tant sur les quartiers « gentrifiés » et les transformations qui les affectent, que sur les rapports à l’espace résidentiel de certains acteurs du changement urbain : en quoi investir et s’investir (c’est-à-dire pas seulement économiquement) dans certains espaces peut participer à la construction d’une identité sociale individuelle et/ou collective, et avoir des effets dans les trajectoires sociales. Pour cela, les travaux menés exploitent la profondeur historique dont on dispose aujourd’hui sur la gentrification selon deux axes. On présente d’abord les premiers résultats de la comparaison intertemporelle1 qui porte sur les trois points suivants : qui sont les acteurs de l’embourgeoisement de certains quartiers à certaines époques ; pourquoi le sont-ils (quelles sont leurs logiques sociales) ; enfin, comment ce changement se déroule-t-il (en insistant sur les compétences spécifiques que les acteurs de la gentrification mettent en œuvre dans ce processus). D’autre part, on présente la démarche longitudinale de suivi des trajectoires (résidentielles, mais aussi professionnelles, familiales, etc) d’anciens gentrifieurs, et son intérêt pour la connaissance des interactions entre la dimension spatiale et les autres dimensions des trajectoires sociales.
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Habiter dans le périurbain
Discutant : Martine Berger, LADYSS-Université Paris I Panthéon Sorbonne

L’accession à la propriété d’un pavillon périurbain entre appropriation et enfermement, Lionel Rougé, CIRUS-CIEU-Université de Toulouse Le Mirail
Ce travail interroge, à partir d’une enquête compréhensive, les modes de vie des pavillonnaires toulousains et plus particulièrement ceux dont l’installation s’avère fortement contrainte par les conditions du marché immobilier et foncier. Si l’espace périurbain demeure le lieu de vie des couches moyennes, il s’est socialement diversifié, en particulier sous l’effet de la diffusion de l’accession sociale. Alors que pour bon nombre de périurbains, vivre en maison individuelle correspond à une volonté de maîtrise de son environnement, pour les familles modestes rencontrées, l’acquisition d’un pavillon et sa localisation sont bien loin d’y répondre et nécessite une très forte mobilisation. Dès lors, installés loin de la ville et de son agglomération, ils peinent à s’inscrire dans ce modèle d’urbanité fondé sur la mobilité facilitée. Le décalage est grand entre la promesse d’une tranquillité et de bonnes relations sociales qui sous-tend l’accession à la maison individuelle en périurbain et le vécu de certains ménages, fragilisés économiquement peuvant se sentir « captifs ». Ce questionnement autour de l’habiter, montre les limites d’un modèle très prégnant dans la société française, celui de la maison individuelle en périurbain.
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La mobilité des personnes âgées en banlieue pavillonnaire., Nicolas Luxembourg, CIRTA-IAR Université d’Aix Marseille III
Les banlieues pavillonnaires constituent de véritables défis pour les résidents âgés qui souhaitent vieillir dans leur maison individuelle le plus longtemps possible. Cet espace de vie à faible densité et aux centralités éclatées entraînent une dépendance à l’automobile pour l’ensemble des pratiques quotidiennes des ménages. Pour la plupart des enquêtés, déménager constitue une solution de « dernier recours », lorsque la perte d’autonomie est jugée trop grande. Dans ces conditions, les banlieusards âgés ont à changer de mode de vie et à engager des stratégies de mobilités et d’adaptation du quotidien
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Le paradoxe de l’ancrage et de la mobilité en zone rurale et périurbaine, Nathalie Ortar, Laboratoire d’économie des transports
La mobilité peut être le fruit du hasard, de la nécessité, mais elle n’est rarement que cela. Elle s’inscrit dans un projet de vie familiale et professionnel, au moins pour l’un des conjoints. Elle est également associée à une recherche de qualité de vie même pour les populations pauvres observées. Ainsi, au travers des mobilités ou de leur absence, il est possible d’analyser des logiques résidentielles différentes. Mobilité et ancrage doivent être étudiées à l’échelle d’une vie et des différentes obligations et possibilités de chacune des étapes familiales et professionnelles. Les mobilités évoluent en effet en fonction d’un ensemble de contraintes dont la place accordée au logement et à l’ensemble de ses fonctions n’est pas des moindres. Que conclure sur les attentes de l’habitant sur son habitat ? Les attentes portent-elles uniquement sur l’habitat ? Ne contiennent-elles pas plutôt un ensemble symbolique plus large ? Ce sont à ces questions que nous tenterons de répondre.
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Mobilités et ancrages
Discutant : Jean-Pierre Lévy, CNRS, CRH-LOUEST

Les transformations du rapport au logement suite à un licenciement, Cécile Vignal, CRETEIL (IUP-Université Paris XII Val de Marne)
L’objet de cette communication est d’étudier les effets de la perte d’un emploi sur le rapport au logement. Nous nous appuyons sur les résultats d’une enquête qualitative auprès de cinquante-six salariés, en majorité ouvriers, confrontés, en 2000, à la fermeture et à la délocalisation de leur usine de câbles située à Laon dans l’Aisne. Nous nous intéressons ici aux licenciés qui ont refusé de déménager pour suivre la délocalisation (c’est le cas des trois-quarts des salariés de l’usine). L’analyse des entretiens montre le lien entre la déstabilisation de l’intégration professionnelle et l’investissement dans la sphère domestique. La prolongation du chômage ou l’occupation d’emplois précaires successifs peuvent générer un retrait contraint de la sphère du travail et un renforcement de l’activité dans le logement sous forme de travaux, de jardinage et d’entretien des relations familiales. Nos résultats confirment qu’en plus des relations familiales, le logement peut constituer un appui qui accompagne une trajectoire professionnelle renouvelée, qui modère le sentiment d’inactivité que peut susciter le chômage. Pourtant, l’investissement dans la sphère domestique dessine clairement un système d’ambivalences entre refuge et piège : le logement est à la fois un bien à protéger et le moyen qui permettrait d’être soi-même protégé en cas de difficultés économiques suite au licenciement.
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La place du logement dans un contexte de mobilité résidentielle : entre ancrage et transition, Elsa Ramos, CERLIS-Université
Paris V
La mobilité résidentielle amène une multiplication des lieux de vie. Dans certains lieux, l’individu puise des éléments qui participent à la construction d’un sentiment d’appartenance à une famille. Dans d’autres lieux, il privilégie des éléments qui viennent davantage consolider sa dimension « d’individu individualisé ». Pour comprendre cette tension de l’individu coincé entre désir de construction d’appartenances et aspiration à l’autonomie, il nous faut étudier les relations qui existent entre ces lieux multiples qui se distinguent : les espaces d’où vient l’individu et son lieu de vie actuel. Dans la mobilité résidentielle, les individus sont à la fois mobiles et ancrés et l’articulation des deux, produit des profils variés. Selon les formes d’ancrages et les profils, le logement actuel peut apparaître comme un espace transitoire : l’individu a pour projet de retourner « chez-lui », ou bien de ne pas vouloir « finir sa vie là ». Il peut être aussi un espace d’ancrage quand les projets futurs s’inscrivent sur le lieu même de vie. Ainsi, le logement est un espace clef dans la compréhension du processus de construction des ancrages.
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L’ancrage des enfants de la « première génération villes nouvelles », Christophe Imbert, INED-Géographie-cités
Entre 1968 et 1999, un tiers de la croissance de la population de l’Île-de-France s’est faite dans des villes nouvelles. C’est dire si l’afflux de population y a été important. Il s’agissait dans une grande majorité de jeunes ménages avec enfants s’éloignant de leur lieu d’origine et venant accéder à la propriété en ville nouvelle. Ces enfants constituent en quelque sorte la "première génération villes nouvelles". On observe, en procédant à une approche comparative, que les enfants des habitants des villes nouvelles résident plus fréquemment à proximité du domicile parental que les enfants des autres Franciliens de la grande couronne. On pourrait voir dans ce résultat le signe d’un enracinement dans ces espaces urbains. On parlera plutôt d’ancrage car l’enracinement suppose une inscription familiale durable dans un lieu à travers les générations. En effet, des enfants peuvent s’être éloignés de leur domicile parental au moment de leur décohabitation tout en restant attachés aux villes nouvelles, cela se traduisant par des contacts réguliers avec des amis d’enfance. Des parents peuvent quant à eux envisager un départ en province au moment de la retraite tout en étant très impliqués dans la vie locale de leur commune. Ainsi, l’attachement à un lieu ne se mesure pas seulement à l’aune de la distance qui nous en sépare.
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